Tout est peur
"Tout est peur." C'est un raccourci, volontairement provocateur, mais il contient une idée qui change tout dans la façon de voir son chien. Derrière la grande majorité des comportements qui posent problème (agressivité, réactivité, destruction, "désobéissance"), on ne trouve presque jamais un chien méchant, dominant ou têtu. On trouve un chien débordé par une émotion, et le plus souvent, cette émotion est de l'ordre de la peur, du stress ou de l'insécurité. Cette fiche vous invite à poser un autre regard sur votre chien.
"Porte sur le monde un regard sans haine."
Princesse Mononoké (Hayao Miyazaki)
Ni méchanceté, ni dominance
Le réflexe le plus courant, c'est d'expliquer un comportement gênant par le caractère : "il est dominant", "il est têtu", "il le fait exprès", "il est méchant". Ces explications sont rassurantes, mais elles sont fausses, et surtout elles mènent aux mauvaises solutions.
La réalité, c'est qu'un comportement est presque toujours la partie visible d'une émotion. Et sur tout le spectre des émotions, la peur, le stress et l'insécurité sont de très loin les moteurs les plus fréquents. Un chien qui grogne protège quelque chose ou tient à distance ce qui l'inquiète. Un chien qui tire, aboie ou détruit décharge une tension qu'il ne sait pas gérer autrement.
La fausse piste de la "dominance"
L'idée que le chien chercherait à "prendre le pouvoir" sur nous vient d'anciennes études sur des loups captifs, invalidées depuis longtemps par leurs propres auteurs. Votre chien n'essaie pas de vous dominer. La plupart du temps, il essaie simplement de se sentir en sécurité.
La peur ne ressemble pas toujours à de la peur
On imagine la peur comme un chien tremblant, la queue basse, tapi dans un coin. Parfois c'est ça. Mais très souvent, elle se déguise, et c'est pour cette raison qu'on ne la reconnaît pas. Face à une menace, un chien a quatre grandes façons de réagir :
Fuir
S'échapper, se cacher, éviter. La forme "attendue" de la peur, celle qu'on reconnaît le mieux.
Figer
Rester immobile, ne plus bouger. Souvent pris à tort pour un chien "sage" ou "qui a compris", alors qu'il est tétanisé.
Combattre
Grogner, aboyer, mordre. L'attaque comme défense, quand fuir n'est pas possible, par exemple au bout d'une laisse.
Se décharger
S'agiter, sauter partout, mordiller, "faire le fou". Une excitation qui déborde et qu'on confond avec de la joie.
"Il fait exprès de ne pas écouter"
Un cerveau sous le coup de la peur ou du stress n'a tout simplement plus accès à l'apprentissage : il est en mode survie. Ce n'est pas de la mauvaise volonté, c'est de la biologie. Faire baisser la pression émotionnelle, c'est lui redonner la capacité d'écouter.
Ce que ce changement de regard change vraiment
Si le moteur est une émotion, alors deux conséquences majeures en découlent, et elles renversent complètement la manière d'agir.
Punir aggrave
Punir un comportement né de la peur, c'est ajouter de la peur à la peur. On peut faire taire le symptôme un moment, mais on renforce la cause, et le comportement finit par ressortir ailleurs, souvent en pire.
On travaille la cause, pas le symptôme
Redonner de la sécurité, faire baisser le stress, combler les besoins, réassocier ce qui fait peur. Le comportement change alors de lui-même, parce que ce qui le nourrissait a disparu.
La nuance honnête
Non, tout n'est pas littéralement "que" de la peur : la douleur, un besoin non comblé, l'excitation ou de simples habitudes apprises jouent aussi. Mais le point commun de presque tout, c'est une émotion ou un besoin, jamais la méchanceté ni le calcul. "Tout est peur", c'est surtout une façon de se rappeler de chercher l'émotion avant de juger le comportement.
Changer de lunettes, ensemble
La prochaine fois qu'un comportement vous agace ou vous inquiète, essayez de vous poser une seule question : "De quoi a-t-il peur, ou de quoi a-t-il besoin ?" C'est le point de départ de tout notre travail. Décoder ce qui se cache derrière un comportement, c'est précisément ce qu'on fait ensemble en séance.