Toutes vos peurs
Vous aussi, vous avez peur : du regard des autres, de l'accident, de ne pas y arriver. Ces peurs se disent rarement, elles sont pourtant légitimes, et elles comptent dans un suivi bien plus qu'on ne l'imagine. La fiche Tout est peur parle de votre chien. Celle-ci parle de vous et pose sur vous le même regard.
Ce dont on parle rarement
Quand quelqu'un me raconte son chien, il se raconte aussi, sans s'en rendre compte. Voici ce qui revient le plus souvent.
Le regard des autres
Un chien qui aboie au bout de la laisse, c'est une scène publique. Les remarques arrivent, les conseils aussi. On finit par sortir en surveillant le trottoir d'en face plutôt que son propre chien.
L'accident
Si votre chien a déjà pincé, bousculé ou fait peur à quelqu'un, cette peur n'a rien d'irrationnel : c'est déjà arrivé. Elle mérite d'être prise au sérieux, pas balayée d'un revers de main.
L'impuissance
Faire tout ce que l'on met en place ensemble, semaine après semaine, et ne rien voir bouger. C'est la peur la plus usante, parce qu'elle finit par vous faire douter que ce travail serve à quelque chose.
Le jugement des proches
"Il faudrait le remettre à sa place", "de mon temps on ne faisait pas comme ça". Ces phrases viennent souvent de personnes qui vous aiment, et c'est bien ce qui les rend si difficiles à ignorer.
La peur d'être en cause
Se demander en silence si c'est vous qui l'avez rendu comme ça, si vous auriez dû faire autrement. La question revient chez presque tout le monde et elle se pose rarement à voix haute. Un comportement n'a jamais une seule cause : son tempérament, ce qu'il a vécu avant vous, sa santé et les circonstances pèsent tout autant. Et lors d'un incident, vous n'êtes jamais la seule personne présente : la responsabilité se partage presque toujours.
Aucune de ces peurs n'est un défaut
Elles disent que vous tenez à ce chien et que vous mesurez ce qui est en jeu. Quelqu'un que tout cela laisserait indifférent n'aurait peur de rien. Le problème n'est jamais la peur elle-même, c'est ce qu'elle décide à votre place quand elle reste dans l'ombre.
Ce que la peur décide à votre place
Une peur qu'on ne nomme pas ne reste pas immobile : elle prend des décisions. Discrètement, une par une, semaine après semaine. Prises une à une, elles paraissent toutes raisonnables. Mises bout à bout, elles dessinent un suivi qui n'avance plus, sans qu'on puisse dire à quel moment il s'est arrêté.
On sort aux heures creuses
Puis un peu plus tôt, puis un peu plus loin. Le monde du chien rétrécit, sans que personne ait jamais pris la décision de le réduire.
La laisse ne s'allonge plus
Elle reste courte partout, y compris là où il ne se passe rien. Le chien perd la liberté qui lui permettait justement de redescendre.
On repousse l'étape suivante
L'exercice était calé, le chien était prêt, et on repousse à la semaine prochaine. Puis à celle d'après. Ce n'est jamais le bon moment.
On arrête juste avant
Les progrès arrivent souvent après une phase où rien ne bouge, et c'est précisément là qu'on renonce. C'est ce qui m'inquiète le plus dans un suivi, parce que de mon côté je ne renonce pas.
On ne raconte pas l'incident
Par honte, ou pour ne pas décevoir. Sauf que c'est l'information la plus utile que vous puissiez me donner.
Gérer n'est pas éviter
Éviter une situation trop difficile, c'est de la gestion, et c'est souvent exactement ce que je vous demande de faire. Toute la différence tient dans une seule question : est-ce une décision que vous prenez, ou une décision que vous subissez ? Une mesure de gestion, on l'a décidée ensemble : on sait pourquoi on la prend et on sait quand on la lèvera. Un évitement installé par la peur ne se décide pas, et ne se lève jamais.
Ce qu'on en fait ensemble
Je suis comportementaliste, pas psychologue, et je n'ai pas à l'être. Mais vos peurs font partie du dossier au même titre que celles de votre chien, parce qu'elles pèsent sur les mêmes séances et sur les mêmes décisions.
Dites-les-moi
Vous n'avez ni à les justifier ni à les présenter joliment. "Je n'ose plus passer par là" est une phrase de travail parfaitement valable, et souvent la plus utile de la séance.
On solde la culpabilité
Si un incident vous hante, on en reparle posément et on l'analyse. La responsabilité se répartit presque toujours sur plusieurs personnes. Votre chien n'est pas défaillant pour autant. Se répéter "j'aurais dû" ne répare rien. On règle la question une bonne fois, pour que vous ayez l'esprit disponible pour la suite.
On avance aussi à votre rythme
Un exercice que le chien peut faire mais que vous ne pouvez pas tenir n'est pas un bon exercice. On le découpe autrement, jusqu'à ce qu'il tienne pour vous deux.
On sépare ce qui protège de ce qui enferme
On passe chaque évitement au crible : celui-ci vous protège vraiment, on le garde ; celui-là ne fait plus que rétrécir votre quotidien, on le travaille.
Vous avez le droit de ne rien avoir fait
Une semaine sans exercice n'est pas un échec, c'est une information. Ce qui bloque le travail, ce n'est pas de ne rien avoir fait, c'est de le taire.
Où s'arrête cette fiche
La fiche L'effet miroir explique par quels chemins votre état intérieur parvient à votre chien, seconde par seconde : l'odeur, la laisse, la voix, la posture. Celle-ci parle d'autre chose, de ce que vos peurs vous font décider, sur des semaines et des mois. L'une se joue dans l'instant, l'autre sur la durée du suivi.
Vous faites partie du travail
Quand je viens chez vous, je ne viens pas seulement observer un chien : j'observe une situation, et vous en êtes la moitié. Ce que vous redoutez, ce que vous n'osez plus, ce que vous vous reprochez en silence, dites-le. On en tiendra compte, et le travail ira plus vite.